Un des grands moments de l'année dans le paysage du cinéma français.
Un petit rien dessinant un rendez vous que l'on saura familier et intriguant de nouveauté à la fois : le dernier Christophe Honoré.
Le cinéaste a décidé de nous présenter cette fois-ci sa Bretagne. La pastorale, champêtre, la Bretagne et ses Contes & Légendes, jusqu'à mentionner sa ville natale vers laquelle trois des personnes font route pour atteindre le Festival de Carhaix. Décentralisation les 3/4 du film loin de la capitale boboiste jusqu'à atteindre Rome le temps de quelques minutes où les grands-parents, loin des regards, redeviennent d'éternels adolescents fougueux, préférant s'éclipser en douce de leur groupe senior de voyage organisé pour rejoindre l'herbe inspirante d'un parc.
Portrait d'une anti-héroïne qui émerge progressivement du chaos familial.
Honoré met en scène à nouveau Chiara, actrice trop souvent reléguée à l'arrière plan, lui permettant enfin d'afficher la lumière d'un naturel exemplaire, simple, que l'on devinait.
Chiara étouffée, Chiara triste, névrosée, Chiara parfois immature, lucide ? Charia silencieuse, avouant un jour être dépassée par ses responsabilités. Chiara échafaudant un sourire qui vaut de l'or, Chiara ne se laissant pas marcher sur les pieds.
Cette femme cherche sa vie et ne parvient finalement qu'à passer à côté. En quoi a-t-elle encore foi ? Face à la pression collective lui reprochant l' « oisiveté » dans lequel elle a décidé de s'installer, face à ses enfants enjeux des querelles entre adultes, à son ex-mari ambigu qui par le passé a neutralisé sa confiance, face à l'ironie cruelle de sa s½ur, sa mère catholiquement autoritaire... Face à l'aggression du « moi je » en face, [ scène de la hyène au milieu d'un champ avec le beau-frêre ] Honoré laisse sa caméra tourner et la lenteur du passage du temps appuie cruellement et réalistement sur les points sensibles...
[Où comment utiliser au mieux notre facteur Temps au lieu d'entrer dans des bavardages et des actions superflues...]
Lorsque ses proches lui tentent les bras, bien souvent elle n'arrive à le percevoir.
Malgré tout, l'empathie a du mal à prendre. Le problème est que les ressentits, même si on les partage, ne nous agrippent pas toujours...tant les personnages, différents lieux et situations semblent par moments survolés...
Julien Honoré, le frêre, triplement. L'optimiste incarné, mi fantaisiste, mi-tendre. Il y a du Louis Garrel en lui...
Marina Fois, la s½ur. Du mal à me défaire de son rôle dans les Robins des bois, elle se révèle enfin ici. Personnage pas toujours facile à cerner, confuse mais épatante.
Louis Garrel, le discret et romanesque. Depuis 5ans, en 5 films, il ne quitte plus la caméra Honorienne. Et lorsque Louis, les mots à la bouche, s'enfonce sous la couette blanche, ce sont les Chansons d'Amour qui prennent le funiculaire jusqu'à venir recoller à nos sens, nos souvenirs... As-tu deja aimé, pour la beauté du geste...
On peut regretter la présence du personnage récurrent joué par la cigarette, si ce n'est pour illustrer à nouveau le visage vicieux du stress, anxiété et pression avec lequel la société cherche à alimenter ses habitants.
Certains plans parfaits tel ceux de la nature où celui où Chiara nous fait face dans l'ombre de la fenêtre ouverte au crépuscule...
Discours, messages d'Honoré pas toujours très clair surtout par rapport à ses précédents films, même si à notre plus grand plaisir il continue de casser le rythme de la narration et réemploie le génie musical d'Alex Beaupain. [ Mais alors pourquoi utiliser des morceaux de piano déjà trop exploités dans d'autres films ? ]
Perdus dans cette vie, dans cette société et quotidien en perpétuel mouvement. Sur quoi se raccrocher encore pour ne pas sombrer dans la névrose où le « moi mégalo» ?
L'on y dépose l'atout de nos regards extérieurs. Ce que les personnages même n'arrivent à résoudre, tournant en rond, l'on pourrait les guider, ce que l'on a du mal à faire pour soi même.
Humains voguant entre l'étouffement du à l'expression démesurée des égos d'autrui et la compréhension du sien propre.
L'Homme enchainé à ce que le vie lui réserve ? Pas pour rien que Marina Fois se rend au cinéma, projettant...Les Enchainés, d'Hitchcock !
Hitchcock -->Truffaut...Truffaut --> Honoré...Vous me suivez toujours ?
En définitif, un Christophe Honoré ouvert vers de nouvelles idées, de nouveaux horizons. Mais à force de les survoler, dommage qu'ils ne soient pas plus creusés, comme bloqués, retenus dans un espace temps aux saveurs divinement passées.
Pourtant quand les précieuses voix d' Antony & the Johnsons referment cet opus, on se dit que ce n'est nullement un hasard si l'on se retrouve devant ce film...