En rester sans mots. Le souffle long. Le silence communie avec une réalité. De cette douleur sèche remontant des profondeurs de l'être. La où l'individualisme et les masques priment... à nouveau parler de soi devient pourtant bien dérisoire...
Utiliser leurs voix. Evoquer l'Histoire. Les non-dits du passé colonial, ceux n'apparaissant nulle part, dans aucune page officielle de livre.
De cette héritage passé qu'il faut assumer, ses humanités comme ses abominations que l'homme est capable de créer. L'humain souhaitant se prouver par égo qu'il est capable de contrôler cette chose insaisissable du contrôle des phénomènes et surtout se convaincre qu'il a entière emprise sur lui-même. Non rassasié par ses actions détraquant les ordres naturels, l'environnement, il faut qu'il aille toujours plus en avant vers la technologie, le progrès dévastateur, aveugle des conséquences et déclencheur du compte à rebours de l'humanité. Puisqu'il se pense plus important que cette terre l'entourant, il n'apparaît déjà plus Homme dans son être tant l'Homme n'est Homme qu'en osmose avec le milieu...
Reggane. Désert du Sahara. Algérie. 13 février 1960. La France lance son tout premier essai de tir aérien radioactif nommé « Gerboise Bleue ». Ce « champignon poétique » gravissant le ciel telle une éruption explosive retombe sur un rayon de 50km autour du point zéro, d'une puissance 4 fois supérieure à Hiroshima... Le premier d'une longue série jusqu'en 1966 bientôt remplacé par des tirs souterrains aux émanations s'échappant des fissures montagneuses.. Le tout discrètement, à l'abri des regards. Secret militaire imposé par De Gaulle pour toute activité liée à l'arme nucléaire. Aucune trace mentionnée sur leur carnet de l'armée... seules preuves restant ces voix...
Leurs voix, leurs mots, leur combat pour vivre « normalement »... ceux encore là, ceux resté dans l'ombre, ceux ayant cachés pendant 40 ans à leur proche et leur famille les conditions survenus sur place, par honte d'avoir servi de cobaye pour leur patrie...
Ces scoubidous que l'on insérait dans leur gorge pour détecter la moindre trace de radioactivité...
Ces militaires de 20 ans et plus que l'on mettait en rond à 7 km du point zéro leur demandant d'attendre pendant le lancement...une semaine voir deux sans nouvelles de leur supérieur fuyant....
D'autres nettoyaient au karcher chaque soir les bateaux revenant. « Pourquoi donc » demandaient ils a leur hiérarchie... « Pour éviter qu'ils rouillent » leur répondait on. Qu'ils rouillent...
Le soir, nus comme des vers, on leur disait de se brosser l'ensemble du corps jusqu'à l'interruption d'une sonnerie. Plus tard, ils apprirent par les scientifiques que se brosser ainsi favorisait au contraire l'introduction de la radioactivité dans l'être...
Ces enfants algériens incapables de s'asseoir, à la colonne vertébrale creusée en profondeur déformant leur corps... Ces peuples Touaregs contaminés...
Ce ministre des affaires étrangères affirmant que tous ont été suivis médicalement dès les lendemains des opérations, opérations se déroulant dans d'importantes mesures de sécurité.
Ces vétérans constatant qu'aucun médecin ne s'est présenté à eux...
Cet homme de 68 ans maintenant au visage détruit ayant subi plus de 1500 opérations. Sans ½il gauche, son opercule n'étant même plus identifiable et il ne possède plus qu'une narine. S'il enlève son pansement couleur chair entre l'½il et le nez, un trou béant apparaît laissant voir ses entrailles, une entrée directe sur la gorge...
Plus tard on le revoit revenir d'une inième opération qui a du lui greffer un partie de peau à la joue droite et en haut du cou pour remplacer la sienne. Presque méconnaissable au fil des opérations mais son regard, son sourire, ses espoirs, l'illuminent...
Cet autre homme paraissant ce qu'il y a de plus normal en extérieur. Si ce n'est son intérieur saccagé dont le quotidien est d'absorber un sceau de médicaments par jour contenant morphine, gélule pour être capable de manger, d'autres pour boire, uriner, respirer...
50 ans plus tard, en 2007, il retourne sur les lieux, accueillit chaleureusement par les algériens et militaires, essayant de retenir ses larmes, honteux d'avoir été français et d'avoir cru que l'Algérie lui en voulait... Il avait eu la charge de dessiner sur place sur papier les prototypes de bombes avant d'être placer non loin du point zéro...
Tels devenus une banalité, ces vétérans atteint de leucémie, de cancers, certains sont devenus stériles, voir déjà morts....
Ils sont plus de 200 000 aujourd'hui.
Et depuis, des milliards de grains de sable radioactifs du Sahara parcourant l'air, provoquent des milliards de cancers à travers les 5 continents....
l'Etat négationniste, la France se déresponsabilisant entièrement, niant toute responsabilité. Patientant jusqu'à l'extinction progressive des derniers témoins humains. La France qui laissa pourtant une quantité de déchets sur place. Mais preuves absentes, rien n'a eut lieu, annonce- t on...
Merci au 7ème art d'oser...
d'abattre les frontières et les égos,
de nous sortir de nous,
d'anéantir les tabous,
de mettre à jour des réalités dissimulées,
de diffuser un parfum d'humanité liant l'Homme au monde...